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L’éradication de la poliomyélite, des derniers cas au prochain chapitre

COMMENT LES ÉTATS MEMBRES S’ENGAGENT POUR ÉRADIQUER LA POLIO

Alors que les ministres de la Santé se réunissent à Genève ce mois de mai pour l’Assemblée mondiale de la Santé, l’un des efforts humains les plus extraordinaires de l’histoire est proche de son objectif.

La poliomyélite, autrefois une maladie redoutée, a été repoussée aux portes de l’éradication. On estime que plus de 20 millions de personnes marchent aujourd’hui alors qu’elles auraient été paralysées par le virus sans la vaccination et les efforts mondiaux d’éradication.

Depuis 1988, les cas ont chuté de plus de 99% grâce à un partenariat appelé l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP).
Atteindre ce stade n’avait rien d’évident, ni d’inévitable. Cela a exigé des gouvernements engagés, des communautés pleinement mobilisées et des agents de santé persévérants et créatifs. Cela a également nécessité un niveau de coopération internationale capable de résister à des décennies de changements politiques.

LA DERNIÈRE LIGNE DROITE

Aujourd’hui, la transmission du poliovirus sauvage reste endémique dans seulement deux pays : le Pakistan et l’Afghanistan. Tous deux continuent de contenir le virus grâce à des réseaux nationaux de surveillance capables de le détecter partout, et à des campagnes de vaccination visant à atteindre chaque dernier enfant. Par rapport à 2024, le nombre de cas de poliomyélite dans ces pays endémiques a diminué de 48% en 2025 et se concentre principalement dans quelques districts à la sécurité fragile le long de leur frontière commune.

Dans le même temps, l’émergence de virus dérivés dans des pays exempts de poliomyélite, y compris plusieurs pays européens, rappelle au reste du monde que tant que la poliomyélite n’est pas éradiquée partout, les enfants restent menacés partout. La propagation internationale du poliovirus demeure une urgence de santé publique de portée internationale — le niveau d’alerte le plus élevé de l’OMS, nécessitant des efforts coordonnés et soutenus à l’échelle mondiale.

Au cours de l’année écoulée, les pays et leurs partenaires ont réagi rapidement et avec détermination aux flambées de virus dérivés dans certains des contextes les plus complexes au monde. En République démocratique du Congo, en Éthiopie et au Soudan, des efforts de vaccination soutenus ont considérablement réduit la transmission qui touchait auparavant de vastes zones. Madagascar a mis fin avec succès à une épidémie prolongée grâce à une réponse intensive. En Papouasie–Nouvelle-Guinée, les équipes ont atteint des enfants dans certaines des régions les plus isolées pour contenir la circulation du virus.

La réponse à Gaza est particulièrement marquante. Malgré des conditions humanitaires extrêmement difficiles, les efforts coordonnés des agents de santé, des gouvernements et des partenaires internationaux, ainsi que la participation active des parents, ont permis à des campagnes de vaccination d’urgence d’atteindre des centaines de milliers d’enfants. La surveillance continue de suivre la situation de près, mais cette réponse illustre une leçon essentielle : lorsque l’accès est garanti et que les communautés sont mobilisées, les flambées peuvent être stoppées, même dans les conditions les plus difficiles.

Ces réalisations ne sont pas seulement techniques. Elles sont le fruit de choix politiques, d’une appropriation communautaire, d’une excellence opérationnelle et d’une solidarité internationale.

LA DIPLOMATIE AU SERVICE DE LA SANTÉ

L’éradication de la poliomyélite a toujours été plus qu’un programme de santé. C’est autant une entreprise diplomatique que scientifique.
Au cœur de cette initiative se trouve un engagement commun des États membres en faveur d’un bien public mondial : garantir qu’aucun enfant, où qu’il soit, ne soit paralysé par une maladie évitable.

Cet engagement se manifeste non seulement dans les pays où les équipes de vaccination sont en première ligne, mais aussi dans les couloirs diplomatiques ici à Genève. Les missions permanentes et les délégations des États membres jouent un rôle essentiel dans l’orientation du programme, le maintien de l’élan politique et la garantie de la redevabilité.

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Un jeune garçon se fait vacciner contre la polio par un agent de santé communautaire
dans le comté de Nairobi, au Kenya. Cet enfant fait partie des 3,8 millions d’enfants qui ont
bénéficié du vaccin contre la polio lors d’une campagne menée en octobre 2024, grâce aux efforts du
gouvernement national ainsi qu’aux donateurs et partenaires de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio.e

UN MODÈLE D’ACTION MULTILATÉRALE

À une époque où le système international est confronté à des tensions géopolitiques croissantes et à des pressions financières, le programme contre la poliomyélite rappelle une réalité importante : la coopération multilatérale peut encore produire des résultats extraordinaires face aux menaces mondiales pour la santé.

Peu d’initiatives réunissent une coalition aussi diverse — gouvernements nationaux, organisations internationales, société civile comme le Rotary International, fondations philanthropiques et millions de bénévoles — autour d’un objectif commun.
Le réseau mondial de bénévoles du Rotary International a joué un rôle particulièrement remarquable, en maintenant l’attention politique et en mobilisant les communautés pendant plus de quatre décennies. Les gouvernements, y compris nombre de ceux représentés à Genève, ont accompagné cet engagement civique par un soutien financier et diplomatique. De nouveaux partenaires, notamment le Royaume d’Arabie saoudite, apportent un nouvel élan politique, technique et financier, tandis que des partenaires de longue date tels que les Émirats arabes unis continuent de démontrer un engagement profond et durable. Début décembre, la Fondation Mohamed bin Zayed pour l’humanité a réuni partenaires anciens et nouveaux à un moment clé à Abou Dhabi, soulignant le leadership des Émirats et une détermination partagée à mettre fin à la poliomyélite.
Ensemble, ce partenariat a construit l’un des systèmes de surveillance des maladies les plus sophistiqués jamais créés, capable de détecter le virus avant même l’apparition de paralysies. Il a permis d’administrer des milliards de doses de vaccin et d’atteindre des enfants dans des zones touchées par les conflits, les catastrophes naturelles et des systèmes de santé fragiles. Un réseau a été établi pour contribuer à répondre à des urgences de santé publique et humanitaires plus larges.
À bien des égards, l’effort contre la poliomyélite incarne déjà le type de coopération internationale que l’agenda plus large de réforme des Nations Unies — y compris le processus UN80 — cherche à renforcer : action coordonnée, responsabilité partagée et résultats mesurables pour les pays et les communautés.

LE DERNIER KILOMÈTRE

L’histoire nous enseigne que la phase finale de l’éradication est souvent la plus difficile. L’éradication de la variole a réussi non pas parce que le monde s’est arrêté à 90 ou 95% de progrès, mais parce qu’il est resté engagé jusqu’à la rupture de la dernière chaîne de transmission.
La poliomyélite exige la même détermination.

Le virus prospère partout où des lacunes immunitaires subsistent. Si les efforts d’éradication venaient à faiblir aujourd’hui, les modélisations suggèrent que la maladie pourrait réapparaître à l’échelle mondiale, paralysant des centaines de milliers d’enfants en une décennie.
Le coût de l’échec se mesurerait non seulement en termes financiers, mais aussi en vies humaines et en opportunités perdues.
Achever cette mission demeure donc l’une des priorités les plus urgentes en santé mondiale.

LE PROCHAIN CHAPITRE

Alors même que le monde s’efforce d’interrompre les dernières chaînes de transmission, il prépare déjà l’étape suivante. Au cours de l’année écoulée, les gouvernements ont activement participé à des consultations sur la prochaine phase de l’effort d’éradication : « Maintenir un monde sans poliomyélite – une stratégie pour un succès à long terme », qui sera présentée à l’Assemblée mondiale de la Santé.

Cette stratégie reflète une réalité fondamentale : l’éradication n’est pas la fin de l’histoire. Une fois le virus éliminé, le monde devra s’assurer qu’il ne revienne jamais.

Cela nécessitera une surveillance continue, des systèmes de vaccination solides, une capacité de réponse rapide aux flambées et une coopération internationale soutenue.

La stratégie « Maintenir un monde sans poliomyélite » garantira qu’une fois l’éradication atteinte, les pays conservent les outils nécessaires pour assurer la sécurité mondiale : une surveillance robuste, des systèmes de vaccination résilients atteignant les populations les plus défavorisées et vulnérables, une capacité de réponse rapide aux flambées et la mise en œuvre de normes mondiales pour réduire le risque de fuites liées au confinement dans toute installation conservant le poliovirus.

Ainsi, l’héritage de l’éradication de la poliomyélite dépassera largement une seule maladie.

UN ACCOMPLISSEMENT COLLECTIF

Lorsque l’Assemblée mondiale de la Santé débattra de la poliomyélite cette année, les ministres ne discuteront pas simplement d’un autre programme de santé mondiale.

Ils réfléchiront à l’une des entreprises collectives les plus ambitieuses de l’humanité — et à la coopération extraordinaire qui a conduit le monde au seuil du succès.

L’éradication de la poliomyélite a commencé par une décision simple mais puissante des États membres en 1988 : qu’aucun enfant ne devrait souffrir d’une maladie que le monde a les moyens de prévenir.
Près de quatre décennies plus tard, cet engagement est plus fort que jamais.
Les derniers cas sont à portée de main. Le prochain chapitre est déjà en train de s’écrire.
Le moment est venu d’achever ce que le monde a commencé.


TEXT DR ARSHAD QUDDUS, DIRECTOR FOR POLIO ERADICATION,
WORLD HEALTH ORGANIZATION
Publication Originale : Magazine newSpecial – n°848 – Mai 2026

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