Une lueur d’espoir dans un monde divisé
Une tribune libre de Judith Diment, vice-présidente du Comité international PolioPlus du Rotary International, qui revient sur les conclusions de la récente Assemblée mondiale de la santé
Lors de l’Assemblée mondiale de la Santé de cette année à Genève, les délégués ont débattu de certaines des questions les plus difficiles et les plus clivantes auxquelles le monde est confronté. Les discussions ont porté sur les conflits, les crises humanitaires, les tensions géopolitiques et les pressions croissantes qui pèsent sur les systèmes de santé dans le monde.
Par moments, les débats ont reflété un monde qui semble de plus en plus fragmenté.
Et pourtant, au milieu de toutes ces divergences, une chose est apparue avec une clarté remarquable : tous les États Membres sont restés unis autour d’un objectif commun — l’éradication de la poliomyélite.
Des pays qui s’opposent profondément sur de nombreuses questions politiques continuent néanmoins d’avancer côte à côte lorsqu’il s’agit de protéger les enfants contre une paralysie à vie. L’Iran et Israël. La Russie et l’Ukraine. Des pays de toutes les régions, de tous les systèmes politiques et de tous les niveaux de développement ont tous réaffirmé leur engagement en faveur d’un monde durablement exempt de poliomyélite.
Un collègue qui observait les discussions de l’Assemblée a décrit cela comme un « Lichtblick » — un mot allemand qui signifie « rayon d’espoir ».
La formule est juste.
Car dans le monde d’aujourd’hui, l’éradication de la poliomyélite représente bien plus qu’un simple programme de lutte contre une maladie. Elle est l’un des rares exemples restants d’une cause humanitaire véritablement universelle — capable d’unir les gouvernements, la société civile, les agents de santé et les communautés autour d’un objectif humain commun.
Cette unité compte.
Et elle offre peut-être des enseignements pour l’avenir plus large de la coopération mondiale.
Tout au long de l’Assemblée, les délégués sont également revenus à plusieurs reprises sur une autre question importante : à quoi devrait ressembler la future architecture mondiale de la santé dans un monde de plus en plus complexe et fragmenté ?
Un message est ressorti particulièrement clairement de ces discussions : la santé mondiale ne peut pas être portée par les seuls gouvernements. Les États Membres ont souligné à plusieurs reprises que la société civile, les communautés et les acteurs locaux doivent rester au cœur de la prise de décision comme de la mise en œuvre.
À bien des égards, l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite — GPEI — représente déjà l’un des exemples les plus solides de ce modèle en pratique.
Depuis plus de trois décennies, les gouvernements, les organisations multilatérales, les scientifiques, les agents de santé de première ligne et les partenaires de la société civile, tels que le Rotary International, travaillent côte à côte en faveur d’un objectif humanitaire commun. Il en a résulté non seulement des progrès extraordinaires vers l’éradication, mais aussi la création de l’un des partenariats public-privé les plus vastes et les plus efficaces de l’histoire de la santé mondiale.
À un moment où le monde réfléchit activement aux moyens de renforcer la coopération multilatérale et les systèmes de santé mondiaux, l’expérience de la GPEI peut offrir des enseignements importants — en particulier la reconnaissance du fait que les progrès durables dépendent non seulement des institutions, mais aussi des communautés, de la confiance et d’une appropriation partagée.
Cet esprit de coopération s’est également reflété dans les discussions plus larges de l’Assemblée sur le changement climatique, la pollution de l’air et la précarité énergétique, au cours desquelles les États Membres et les partenaires ont souligné la nécessité d’une action mondiale coordonnée et de systèmes de santé plus fortement centrés sur les communautés. Si ces défis sont de nature différente, ils partagent une leçon importante avec l’éradication de la poliomyélite : aucun pays ne peut les résoudre seul, et les progrès durables reposent sur la confiance, le partenariat et la responsabilité collective.
Ensemble, les partenaires de la GPEI ont réduit les cas de poliovirus sauvage dans le monde de plus de 99,9 %.
Ce faisant, ils ont également construit quelque chose de beaucoup plus vaste : des systèmes de surveillance, des laboratoires, des centres d’opérations d’urgence, des réseaux de confiance communautaires et des capacités de riposte aux flambées épidémiques qui soutiennent aujourd’hui les efforts de sécurité sanitaire dans le monde entier.
Mais surtout, peut-être, ils ont bâti la confiance et créé un terrain d’entente.
L’histoire a montré à maintes reprises que les efforts d’éradication de la poliomyélite peuvent ouvrir des espaces de dialogue, même dans les contextes les plus difficiles.
Pendant le conflit civil en Côte d’Ivoire au début des années 2000, des membres locaux du Rotary ont aidé à réunir les forces gouvernementales et d’opposition afin de négocier des cessez-le-feu temporaires permettant aux équipes de vaccination de répondre en toute sécurité à une flambée de poliomyélite dans le nord du pays. Ces discussions humanitaires ont ensuite contribué à ouvrir des canaux pour des négociations de paix plus larges.
Plus récemment, des campagnes de vaccination synchronisées se sont poursuivies dans certaines régions d’Afghanistan et du Pakistan malgré des périodes de fortes tensions politiques. À Gaza, une coordination humanitaire exceptionnelle a permis la mise en œuvre de campagnes de vaccination qui ont réussi à interrompre la transmission lors d’une flambée.
Encore et encore, l’effort visant à protéger les enfants contre la poliomyélite a démontré que, même lorsque la politique divise, l’humanité peut encore s’unir.
Bien sûr, le monde fait face à de nombreux défis urgents. Les pressions financières, les conflits, les priorités concurrentes et les crises humanitaires mettent tous à rude épreuve les systèmes de santé mondiaux comme la coopération internationale.
Mais c’est peut-être précisément pour cette raison que l’éradication de la poliomyélite compte autant aujourd’hui.
Parce qu’elle nous rappelle que le multilatéralisme peut encore fonctionner.
Que l’action collective reste possible.
Et que, même dans un monde divisé, il existe encore des causes capables de rassembler l’humanité autour d’un objectif commun.
Le monde est aujourd’hui plus proche que jamais d’éradiquer définitivement la poliomyélite.
Mais la phase finale est cruciale précisément parce que chaque cas restant n’est pas simplement une statistique — c’est un enfant dont la vie sera définitivement affectée par la paralysie.
C’est pourquoi cet effort continue de revêtir une importance si profonde.
Si nous réussissons, cette réussite n’appartiendra pas à un seul pays, à une seule organisation ou à une seule génération.
Elle appartiendra à toute l’humanité.





